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Belgique - Burkina Faso

SANTE – Lutte contre le paludisme: trouver des remèdes efficaces et accessibles à tous – Décembre 2020

Les chiffres du paludisme

L’épidémie du coronavirus qui affecte depuis un an maintenant la planète entière a bouleversé les populations au niveau mondial et nous a fait prendre conscience de notre fragilité humaine. Il n’en reste pas moins vrai que d’autres épidémies, comme notamment le paludisme, ravagent depuis des décennies sinon des siècles des continents entiers avec des séquelles importantes et un taux de mortalité inquiétant. Si, sur les dix dernières années, on a pu constater une baisse des cas de paludisme dans le monde, une étude de l’Organisation Mondiale de la Santé de décembre 2019 estime tout de même les cas de paludisme à 228 millions en 2018, la plupart des cas (213 millions soit 93%) étant enregistrés sur le continent africain, essentiellement dans la zone subsaharienne. Toujours au niveau mondial, le nombre des décès est estimé à 405.000 en 2018.  La région Afrique totalise à elle seule 94% de ces décès. A noter : les enfants de moins de 5 ans restent les plus vulnérables puisqu’ils représentent 67% des décès associés au paludisme (272.000).

De nombreux programmes sont mis en œuvre par de grandes organisations mondiales pour lutter contre le paludisme.  Le Burkina Faso s’inscrit dans plusieurs d’entre eux. De nombreuses initiatives, plus modestes, sont mises en œuvre par des associations burkinabés ou étrangères dans un contexte local, mais de manière tout a fait concrète, en tentant d’apporter des solutions à la portée de la population et avec son concours.

 

Lutter contre le paludisme

Il existe bien sûr toute une pharmacopée pour lutter contre le paludisme en plus de tous les moyens et précautions à prendre pour se protéger des piqûres des moustiques. Tous ceux qui voyagent en Afrique le savent bien et emportent  avec eux de quoi prévenir le paludisme et/ou de quoi y remédier en cas d’infection. Ces médicaments ont un coût facilement supportable pour des Européens qui se rendent  dans des pays à risque de paludisme.  Mais ils ont souvent des effets secondaires non négligeables et ils ne peuvent être pris que pendant un laps de temps court.

En Afrique, le coût de ces médicaments vendus dans les pharmacies reconnues en ville les rend inaccessibles à la majorité de la population qui en est réduite à trouver des solutions dans le commerce « de rue » ou sur les marchés qui proposent des produits pas toujours fiables, parfois périmés, approximatifs ou  carrément contrefaits, avec tous les risques que cela comporte. En brousse, dans les petits villages, c’est encore bien plus compliqué de trouver un traitement valable pour soigner un palu.

On constate aussi qu’à chaque innovation en matière de médicament antipaludique, le parasite plasmodium falciparium (qui est le plus courant en Afrique de l’Ouest et responsable de 90 % de décès) développe une résistance face au traitement qu’on lui oppose obligeant à la mise au point d’un nouveau médicament : c’est un cercle vicieux, une course aux molécules pour l’industrie pharmaceutique …

A l’heure actuelle, le meilleur antipaludique s’inscrit dans une classe de médicaments dénommé ACT (Artemisinin-based Combination Treatment), comportant de l’artemisinine, un des éléments constitutifs de l’artemisia qui est au centre du projet que nous commençons.

Dans ces médicaments, l’artemisinine est associée à d’autres molécules (amodiaquine, méfloquine sulfadoxine-pyriméthamine, lumefantrine ou piperaquine) afin de renforcer l’efficacité du traitement et de lutter contre les phénomènes de résistance développés par le parasite.

 

Existe-t-il un vaccin contre le paludisme ?

Il est vrai que la mise au point d’un vaccin efficace permettrait de sauver des centaines de milliers de vies chaque année. Les ténors de l’industrie pharmaceutique mondiale s’y emploient et développent divers projets et effectuent de temps à autre des tests. Cependant l’efficacité reste pour l’instant relativement faible car le parasite passe par de nombreux stades différents au cours de sa vie et les résistances dont il fait montre complique encore la tâche. Certaines avancées sont prometteuses,  mais il faut constater qu’il est difficile de produire un vaccin qui conférerait, après une seule inoculation, une immunité tout au moins durable à défaut d’être définitive, contre le paludisme. Il n’existe donc rien de probant en la matière à l’heure actuelle.

 

Il faut dire aussi que la rentabilité d’un tel vaccin concernant une population mondiale plutôt démunie ou les quelques voyageurs s’aventurant dans ces contrées n’est pas de nature à encourager la compétition chez les majors de l’industrie pharmaceutique plutôt enclins à miser sur un terrain vaccinal plus rentable comme celui contre la covid par exemple.

Pour les populations africaines, il faut donc se contenter des  divers traitements existants, selon les moyens de chacun.  Et c’est là que l’artemisia peut être une option intéressante.

Des rencontres prometteuses

Dans un texte précédent, nous avions fait écho à notre rencontre avec le dr Roland Moens, d’Esneux, et le projet de culture de l’artemisia qu’il a initié avec son ami, le Dr Alasanne Kaboré, à Thyou, un village de 20.000 habitants à quelques dizaines de kilomètres à l’ouest de Pissi que nous avions eu l’occasion de visiter le 16 novembre 2019.   

 

L’artemisia annua
Depuis quelques années, c’est donc vers l’artemisia annua que certains s’orientent pour combattre le paludisme avec des résultats probants. C’est le cas dans de nombreux pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du Sud.  Cette plante originaire de Chine, où elle est connue depuis 2000 ans, permet une guérison complète du paludisme par la prise d’une tisane (3 à 4 tasses par jour), pendant une semaine, par élimination totale du plasmodium falciparum, sans effets secondaires.
Cette médication simple dans sa réalisation constitue une polythérapie puisque plusieurs produits actifs viennent s’ajouter à l’action de l’artemisinine tels que des tanins, des flavonoïdes (plus d’une quarantaine de composants), notamment dans les tigelles, et qui semblent rendre les parasites impuissants à développer une résistance face à cette multithérapie phyto. Ce traitement par plante est peu coûteux et accessible aux plus démunis. 
C’est dans cette voie que s’est engagé le Dr Roland Moens : en 2018, il a créé, avec ses amis burkinabés du village de Thyou, une culture autonome d’artemisia annua sur 25 ares depuis la sélection des semis jusqu’à la vente des sachets de tisane prête à l’emploi.
Un tel projet ne se fait pas à la légère!  Il nécessite une bonne information au départ, une garantie sur son efficacité, la collaboration tant de la population que des autorités locales, mais aussi l’expertise d’organismes et d’associations. Roland Moens a reçu le soutien du Docteur Lucile Cornet Vernet, de Paris, présidente de La Maison de l’artemisia, organisation reconnue mondialement, qui est déjà présente dans une quinzaine de pays d’Afrique de l’Ouest et qui promeut avec de plus en plus de succès la lutte contre le paludisme au moyen de la tisane d’artemisia.
En plus de la promotion de ce mode de traitement par l’artemisia, La Maison de l’artemisia s’inscrit dans un cadre de bonnes pratiques, socialement et écologiquement responsables et, économiquement viable et propose d’y adhérer par la souscription d’une charte ce que Roland et ses amis de Thyou ont fait.
En plus de la promotion de ce mode de traitement par l’artemisia, La Maison de l’artemisia s’inscrit dans un cadre de bonnes pratiques, socialement et écologiquement responsables, et économiquement viable; elle propose d’y adhérer par la souscription d’une charte, ce que Roland Moens et ses amis de Thyou ont fait.
En janvier 2020, Roland Moens, avec le Dr Alassane Kabore, natif de Thyou, débutait un traitement préventif par tisanes d’artemisia auprès de 120 élèves répartis dans quatre écoles de Thyou. L’étude de deux mois, avec trois tisanes par semaine, s’est terminée à la mi-mars avec des résultats positifs: moins d’absentéisme scolaire et aucun effet secondaire.
 
Unir nos compétences et étendre la culture de l’artemisia à Pissi
Depuis notre visite à Thyou en novembre 2019 d’où nous sommes revenus avec quelques graines et plants d’artemisia, l’idée de lancer un projet identique à Pissi a fait son chemin. Les plants d’artemisia confiés aux bons soins de Sébastien Sawadogo, le secrétaire de l’ACPEA, ont donné d’excellents résultats.  Et les graines reçues ont permis des récoltes impressionnantes chez certaines membres de Béoogo Néere  –  Coopération internationale au cours de l’été 2020, en France et en Belgique.  De nouveaux semis ont aussi été réalisés avec succès à Pissi.
Tout au long de 2020, nous avons gardé le contact avec le Dr Roland Moens : plusieurs réunions ont eu lieu – en respectant les mesures établies en raison de l’épidémie – pour définir les modalités d’une collaboration dans la lutte contre le paludisme qui affecte lourdement la vie de la population du Burkina Faso en unissant nos compétences respectives.
Dans un courrier qu’il a adressé à Paul Calus, le 29 octobre 2020, le Dr Roland Moens fait état de ses souhaits et du cadre général de notre projet de coopération  : d’abord répondre aux besoins d’irrigation de la parcelle de culture de Thyou. Le coût total d’un forage avec pompage serait de 7.325.000 FCFA (11.134 €) selon le devis des Ets CO.TRA.F (ci-contre), l’entreprise burkinabé avec laquelle nous travaillons depuis plusieurs années pour les divers forages à Pissi.
L’association Artemisia Thyou Burkina Faso dont le Dr Moens est le Président dispose déjà d’une grande partie de ce montant et l’assemblée générale de Béoogo Néere  –  Coopération internationale a accepté d’apporter la somme manquante, soit 2.500 €.
 
 
 
 
 

 

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